Après 64 années d’existence, le CA Orsay Rugby Club (RACAOU pour les anciens) en a vu passer des joueurs portant fièrement ses couleurs ! C’est pour leur rendre hommage que le club lance cette nouvelle série de portraits : « Tango un jour, Tango toujours ».

Pour démarrer, nous retrouvons un ancien… pas si ancien : finaliste du Championnat de France de Fédérale 3 en 2002-2003, auteur de quatre magnifiques saisons comme demi d’ouverture et buteur, Damien Bardot fait partie de ces joueurs qui ont fortement marqué le CA Orsay. Un stratège qui a permis au club de passer un vrai cap sportivement, selon les mots du Président Paul Tremsal.

Damien, raconte-nous tes débuts à Orsay. Comment es-tu arrivé ?

Avant d’arriver au club, je connaissais bien l’endroit car j’avais fait une bonne partie de mes études en STAPS à Orsay. On avait une super équipe de rugby avec plein de bons joueurs, on jouait au Stade de la Peupleraie, j’avais fait quelques bonnes soirées étudiantes… bref, ce n’était pas un endroit inconnu pour moi !

En partant du PUC (où il évoluait en Fédérale 1, NDLR), j’avais failli signer à Massy mais j’ai finalement décidé de venir à Orsay : il y avait pas mal de mecs que je connaissais, Xavier Pujos était l’entraîneur à l’époque donc je savais que le projet de jeu me correspondait, un jeu tourné vers le mouvement avec la méthode Deleplace. En prime, j’avais eu un super contact avec Paul Tremsal, il représentait tout ce que je souhaitais dans un club : de la convivialité, un esprit de terroir, on ne transige pas sur les valeurs et l’argent… Personne ne venait comme mercenaire au club, mais pour le plaisir du jeu. Ça a été un choix naturel que je n’ai pas regretté.

Quel est ton plus beau souvenir au club de rugby d’Orsay ?

C’est difficile de prendre un souvenir en particulier parce que sur l’ensemble des années on a vécu plein de choses sympas : des phases finales de Fédérale 3 avec une défaite en finale en 2003, une montée, une descente, une remontée… Si je dois ressortir un souvenir c’est le plaisir du jeu. A l’entraînement, on prenait beaucoup de plaisir, parfois pendant deux heures en opposition avec du jeu, du jeu, du jeu. Ça se traduisait bien souvent en match. Au-delà de tout le reste, ce qui reste c’est ça : le plaisir du jeu. Avec les copains bien sûr ! Des garçons comme Matthieu Moreau, un très bon ami qui avait compté dans ma venue, ou encore Laurent Valy, mon compère de la charnière avec qui j’adorais jouer… et tous les autres que je n’oublie pas !

Ce qui me reste aussi en mémoire, c’est cette atmosphère au Stade de la peupleraie le dimanche, ce plaisir d’être au milieu de la verdure au bord de l’Yvette… Une tribune pleine, des bénévoles dévoués, de supers souvenirs au club house aussi.

Comment as-tu vécu la fin de ta carrière rugbystique à cause de ta blessure ?

Ça faisait un moment que je traînais une blessure assez lourde à la cheville, sans compter mon tendon d’Achille… ça devenait de plus en plus contraignant. J’ai arrêté mais sans regret, sans aucune frustration. J’en avais bien profité de 6 à 32 ans, j’ai tiré sur la corde au maximum sans avoir forcément un gabarit exceptionnel. Mon corps m’avait donné tout ce qu’il avait à me donner !

Tu as tout de même continué le sport après le rugby ?

Après mon opération à la cheville, j’ai eu un an pour me retaper. Le chirurgien m’avait dit que je ne recourrai pas : « Maintenant tu vas faire de la natation ou du vélo », mais à 33 ans je n’avais pas envie d’entendre ça ! Donc j’ai très vite recouru, j’ai fait l’inverse de ce qu’il fallait faire. J’ai couru quatre fois le marathon de Paris, plein de semi-marathons… jusqu’à il y a deux-trois ans où je commençais vraiment à tirer sur la corde et où je me suis mis au vélo. Je me régale, c’est une nouvelle passion ; je passe beaucoup de temps avec des copains en Vallée de Chevreuse. Je me suis aussi fait les grands cols des Pyrénées, l’Alpe d’Huez, le Tour de Flandres l’année dernière… Le sport fait partie intégrante de ma vie, je ne peux pas m’en passer !

A tel point que c’est aussi ton quotidien dans la vie professionnelle ! A ce propos, tu parlais tout à l’heure de ton implication dans l’équipe de rugby universitaire à Orsay, c’est de là qu’est venue ta vocation pour travailler à la Fédération Française du Sport universitaire ?

Oui parce que j’ai connu le sport universitaire à cette époque, avec Orsay on a fait plusieurs finales de Championnat de France. Le rugby universitaire était pour moi le rugby parfait : la liberté totale, un très bon niveau de jeu avec des grands joueurs mais dans un cadre où la liberté primait, où le jeu avait plus d’importance que l’enjeu… c’est la manière donc je conçois le sport.

Cet attachement que j’avais pour le sport universitaire en tant qu’étudiant, j’ai la chance de le retrouver dans mon métier, avec des valeurs qui me sont chères : des valeurs liées à la jeunesse, à la formation, au développement du sportif et de l’individu, une alternative au sport marchand, le fait que mener son double projet ça a du sens… Quand tu as la chance de faire de ta passion un métier c’est du bonheur. J’ai une chance inouïe car je suis féru de sport, pas seulement de rugby, et je baigne dedans au quotidien, je vis de grandes aventures au niveau sportif et humain aux quatre coins du monde avec les athlètes de toutes les disciplines. Judo, escrime, athlétisme, voile, tennis, football, water-polo, plus de 50 disciplines au total… j’ai fait des rencontres formidables dans tous ces sports là aussi.

Concrètement, en quoi consiste ton travail ?

Je suis Directeur Communication et Sponsoring, je m’occupe donc de toute la communication interne et externe, des relations institutionnelles avec les instances (Comité Olympique, Ministère des Sports, Ministère de l’Enseignement Supérieur etc.), des relations presse, des relations avec les Fédérations, des réseaux sociaux… Ainsi que de la partie sponsoring : je gère une quinzaine de partenariats avec des grandes marques comme BNP Paribas, Société Générale, Adidas, la MAIF, Casal Sport, Babolat… Là on est plus sur l’aspect financier : trouver de l’argent pour financer des événements et aider nos équipes de France.

On est bien structuré en France, on travaille beaucoup avec les fédérations de chaque sport à la fois sur le développement de la masse et sur le haut niveau, la détection des sportifs. On considère souvent que les grandes compétitions universitaires internationales sont un tremplin pour les athlètes, les futurs champions. Par exemple, aux Jeux de Rio il y avait 92 athlètes français qui étaient passé avant par les Universiades (l’équivalent des Jeux Olympiques pour les étudiants qui ont lieu tous les deux ans, NDLR) dont 25 qui ont eu des médailles !

Aujourd’hui, il y a beaucoup d’interrogations autour du rugby… On aimerait revenir à un jeu de mouvement qui peut faire défaut en France, est-ce que le monde universitaire à un rôle à jouer dans ce débat à ton avis ?

Je pense que oui ! En tout cas, le rugby universitaire a toujours été une source d’innovation et de développement. Historiquement, on a été pionnier dans le développement du rugby à 7 et du rugby féminin par exemple – les premières compétitions de rugby féminin ont eu lieu en universitaire. Cette saison, on a expérimenté la modification de la règle du placage avec une interdiction de plaquer au-dessus de la ceinture, une interdiction de plaquer à deux… un certain nombre de mesures pour éviter des chocs et fluidifier le jeu.

Depuis quelque temps, le rugby prend un chemin qui ne me convient pas : on a vécu une crise de croissance avec l’avènement du professionnalisme qui a été mal maîtrise et si on ne veut pas aller droit dans le mur on a intérêt à revenir à plus de mesure et de réflexions à tous les niveaux, que ce soit sur les terrains et en dehors. L’image que peut avoir un gamin aujourd’hui c’est un sport brutal, violent et si on ne légifère pas sur l’approche du jeu, l’éducation, la formation des éducateurs et des jeunes joueurs de toute urgence, on risque gros.

J’ai espoir qu’on y revienne car ça reste un sport fantastique en termes de valeurs, d’apprentissage de soi et des autres, d’esprit collectif… le jeu du rugby génère tellement de choses positives que ce serait dommage qu’il prenne un mauvais chemin. Heureusement, il y a des éléments qui me rassurent comme le jeu du Stade Toulousain qui nous montre qu’on peut encore pratiquer un jeu de vitesse, un jeu de mouvement et qu’on peut encore faire confiance à des jeunes. A son niveau, ce que fait un club comme Orsay c’est aussi remarquable. Il y a des gens qui sont là pour préserver notre jeu, ses valeurs et c’est rassurant !

Aujourd’hui, il faut réfléchir à qui on est, d’où on vient, où on veut aller. C’est ça l’essentiel. Il ne faut pas renier le passé, par non plus cracher sur le présent, sur une certaine évolution qui a aussi apporté des choses positives. Il faut se projeter sur l’avenir en faisant un juste amalgame entre l’histoire de notre sport, ce qu’il est devenu aujourd’hui et trouver un juste équilibre.

Si tu avais un message à transmettre à la génération montante, ceux qui ont 20 ans aujourd’hui… ce serait ?
De prendre du plaisir, de réfléchir sur le jeu, de partager aussi. De ne surtout pas perdre de vue que le rugby reste un jeu et non une fin en soi. Le rugby a cette capacité à transmettre des valeurs, des savoir-être, que l’on transfère ensuite dans sa vie d’homme ou de femme, que ce soit dans le monde du travail ou dans la vie en général. On ne s’en rend pas forcément compte quand on a 20 ans mais le rugby contribue à forger les hommes et leurs caractères. Pour ceux qui le pratiquent où l’ont pratiqué, c’est en quelque sorte un passeport pour la vie.

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